Charlotte Mason: mise en place à la maison (#16)

Charlotte Mason: mise en place à la maison (#16)

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Voici enfin en ligne le troisième épisode consacré à la pédagogie Charlotte Mason ! Nous avons déjà abordé, avec Annie et Fannie, la présentation de cette approche, puis la philosophie et les outils offerts par cette pédagogie. Aujourd’hui, nous abordons pratiquement comment mettre tout cela en place à la maison. Bonne écoute !

L’enfant avant 6 ans

Il n’y a pas d’instruction formelle à cet âge-là. On suit les intérêts de l’enfant, s’il en a, et on le laisse surtout jouer (voir l’épisode sur l’importance du jeu). On travaille sur les habitudes (par exemple l’obéissance, l’observation, l’ordre, la gestion du conflit, la propreté…) : c’est le moment d’accompagner l’enfant dans l’acquisition de ces habitudes, avant que l’emploi du temps ne soit alourdi par les matières académiques. On passe beaucoup de temps dehors, pour développer l’observation, l’esprit scientifique, en marchant, en montant aux arbres, en construisant des cabanes…

Des études scientifiques démontrent que les enfants d’aujourd’hui se blessent plus qu’autrefois, car en passant moins de temps dehors ils n’apprennent pas à appréhender leurs limites et les risques de l’environnement (voir notre épisode sur les Forest Schools). Une autre encore suggère que les enfants scolarisés nés en fin d’année scolaire (par exemple en décembre pour les enfants français, ou en septembre pour les enfants québécois) sont beaucoup plus diagnostiqués hyperactifs et mis sous médicaments que leurs pairs de la même classe, nés en début d’année scolaire (janvier pour les enfants français, octobre pour les enfants québécois). C’est normal que ces enfants bougent plus : encore très jeunes, ils ont un besoin viscéral de jouer (lien vers l’épisode sur le jeu)

L’enfant d’âge primaire

Fannie partage avec nous l’organisation de ses journées avec un enfant en début de primaire : Lever naturel, déjeuner, début des leçons entre 9h et 9h30. Tous les matins, leçon de Bible (ou éveil spirituel), leçon de poésie, copie de lettre, lecture, chant (ça fait une heure) ; une grande pause, courir partout, aller dehors, bouger ; puis maths, histoire ou géographie, nature (3 sujets par trimestre, on alterne les 3 livres en cours), littérature (alterne entre français et anglais), peinture, dessin, étude d’un compositeur ou d’un artiste, artisanat ou une tâche ménagère.

Dîner. Après-midi libre. On est sensé continuer le travail en après-midi (lire un livre, faire une entrée dans le journal nature), mais la famille de Fannie ne le fait pas pour le moment car sa plus petite fille a besoin de s’amuser avec sa maman et sa sœur. 

Une fois par semaine, une sortie nature avec les amis est organisée, suivi d’une entrée dans le journal nature.

Une vingtaine de matières sont abordées, mais pas tous les jours ! Chaque leçon dure entre 10 et 20 minutes, ce qui réduit la fatigue mentale. Aussi, les parties « lourdes » du programme (lecture, écriture, mathématiques) sont précédées et suivies de matières plus légères : il s’agit d’utiliser des parties différentes du cerveau. Si l’enfant doit utiliser beaucoup ses mains pour une leçon, on va lui faire utiliser sa réflexion pour la leçon suivante, puis la narration pour la leçon d’après, etc. On bouge aussi beaucoup : on change de lieu, de position ; si le parent lit, les enfants peuvent occuper leurs mains ou bouger. Cela représente en tout environ 2h00 de cours par jour.

L’enfant d’âge secondaire

Pour les enfants de fin de primaire / collège, il y a plus de leçons. On mène ainsi plusieurs cours d’histoire en parallèle (notre pays, un autre pays, de l’histoire antique) ; sciences (sur deux fronts : étude de la nature, sciences) ; éducation civique ; français (dictées, écriture, composition) ; maths ; seconde langue ; études d’œuvres musicales ou peintes ; lecture, récitation, musique, dessin, chant, travaux manuels. Les enfants de ce niveau peuvent maintenant faire leur narration à l’écrit. Cela représente entre 4 heures à 4h30 de cours par jour, que l’on peut concentrer sur une matinée pour laisser les après-midis de libre, pour remplir les carnets de nature, le livre des siècles, travailler sur des projets personnels… 

Pour les enfants au secondaire : les livres deviennent de plus en plus soutenu, les sujets demandent plus de maturité. On met en place la narration différée (on narre quelques jours après la lecture, pour peaufiner la réflexion, la rédaction…), un cours « officiel » de composition. Sont abordées l’actualité (lire les journaux), l’éducation civique (livres qui expliquent ce qu’est un bon citoyen, comment fonctionne le gouvernement). Deux cours de sciences chaque semaine. Deux cours de maths ensemble (géométrie et maths). L’accent est mis sur le développement de la maturité et de l’autonomie.

La gestion de plusieurs niveaux dans la famille

Dans les familles avec plusieurs enfants de niveaux différents, on essaie de combiner certaines matières (grammaire, science…) qui peuvent convenir à tous les niveaux des enfants présents. Puis le parent éducateur s’occupe d’un enfant individuellement (pour une leçon de maths par exemple) pendant que l’autre pratique son instrument de musique ou fait ses tâches ménagères, puis on échange, avant de passer aux leçons individuelles en autonomie. Le soir, tout le monde lit un livre ensemble (fiction historique en rapport avec la période étudiée, ou littérature). 

Pour s’organiser, Fannie et Julie utilisent la formule proposée par A delectable education : les cartes d’horaires, comportant des symboles pour savoir le niveau d’autonomie et la zone de cerveau active.

Le choix des livres exige énormément de recherche. L’Angleterre a connu un âge d’or de la littérature enfantine, ce qui n’est pas le cas en français. Ainsi, pour les sciences (physique, chimie) elles prennent des livres en anglais. Pour les mathématiques, qui comme la grammaire, ne sont pas abordées par les living books, il existe un livre sur Simply Charlotte Mason qui propose des histoires courtes et des problèmes purement Charlotte Mason; le contenu est très facile à traduire en français, et propose des problèmes faciles à visualiser avant de passer à l’abstraction. Utiliser la pédagogie Charlotte Mason exige beaucoup de travail dans la planification de l’horaire et le choix des livres, mais cela reste moins exigeant que les pédagogies qui requièrent des cours magistraux.

Charlotte Mason et la spiritualité

Spiritualité et religion sont très importants pour Charlotte Mason. Est-il possible de suivre sa pédagogie sans être chrétien, ou en ayant une spiritualité différente ? Le Principe 20 statue : «  nous ne permettons aucune séparation entre l’esprit intellectuel et l’esprit spirituel des enfants… » – pour Charlotte Mason le but ultime de l’éducation est de comprendre la création, ce qui n’est pas nécessairement impossible sans dimension spirituelle. C’est au parent de décider ce qui est bon pour son enfant et sa famille.

Ressources 

Idéalement il faudrait lire les ouvrages de Charlotte Mason, qui sont disponibles sur le site Ambleside en version originales ou modernisée, et qui sont compréhensibles en utilisant un traducteur.

Laura Laffont a aussi compilé des extraits dans deux ouvrages en français (La pédagogie Charlotte Mason tome 1 et tome 2)

Bien entendu le podcast Un Festin d’Idées et le blog associé où Annie et Fannie ont compilé toutes leurs ressources préférées.

Annie et Fannie pratiquent l’instruction en famille au Québec, où cette option est légale depuis 1987. Annie, mère de deux enfants dont l’aîné a maintenant 12 ans, s’est plongée dans les ressources en anglais sur Charlotte Mason lorsqu’elle a décidé qu’elle ne scolariserait pas ses enfants. Quelques temps après, elle rencontre Fannie, maman de deux filles âgées aujourd’hui 5 et 7 ans et titulaire d’un diplôme universitaire en enseignement. Fannie, séduite par le mode de vie d’Annie, commence elle aussi à se pencher sur la pédagogie Charlotte Mason. Toutes deux bilingues français-anglais, elles ont facilement accès aux très nombreuses ressources anglophones sur le sujet, mais elles ont conscience du manque de connaissance des francophones sur cette pédagogie. Elles lancent alors le podcast et le blog Un festin d’idées, dans lequel elles partagent généreusement le fruit de leurs recherches et de leurs réflexions sur la pédagogie Charlotte Mason.

Voilà qui clôture notre trilogie consacrée à la pédagogie Charlotte Mason. Nous nous retrouverons très bientôt pour aborder encore une fois l’instruction en famille, mais sous un angle bien différent… A très vite!


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