Rencontre avec Sara: l’école et les enfants fragiles (épisode #12)

Rencontre avec Sara: l’école et les enfants fragiles (épisode #12)

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Je ne voudrais pas vous faire peur, comme ça tout de suite, mais il est grand temps que nous citions sur ce site le Code de l’Education :

L’éducation est la première priorité nationale. Le service public de l’éducation est conçu et organisé en fonction des élèves et des étudiants. Il contribue à l’égalité des chances (…). Il reconnaît que tous les enfants partagent la capacité d’apprendre et de progresser. Il veille à l’inclusion scolaire de tous les enfants, sans aucune distinction.Le droit à l’éducation est garanti à chacun (…). La répartition des moyens du service public de l’éducation (…) a pour but (…) de permettre de façon générale aux élèves en difficulté, quelle qu’en soit l’origine, en particulier de santé, de bénéficier d’actions de soutien individualisé.

Code de l’Education, Article L111-1

Ainsi l’école est ouverte à tous les enfants, quelles que soient leurs spécificités, et doit s’adapter aux particularités des plus fragiles pour leur offrir la réalisation de tous leurs potentiels. C’est beau… mais pratiquement, comment ça marche ?

Aujourd’hui je vous propose de rencontrer Sara, professeure des écoles que j’aime bien appeler « la consultante des classes en crise ». Pour elle, et grâce à elle, l’école est ouverte à tous et doit s’adapter à chacun. Pour nous écouter, c’est par ici !

Sara peash

De quoi avons-nous parlé ?  

Sara est PEASH : professeur des écoles spécialisée pour l’adaptation scolaire des enfants besoins éducatifs particuliers. Elle travaille auprès d’enfants différents, qui peuvent ou non être dans le champ du handicap. Ces enfants présentent certains troubles qui font que la scolarisation est très difficile ; le travail de Sara consiste à faire en sorte que l’enfant se sente mieux à l’école, pour éviter une possible déscolarisation. 

Sara travaille au sein d’une équipe : ainsi dans chaque département il existe un inspecteur ASH, qui travaille avec un conseiller pédagogique, avec des PEASH comme Sara, avec des enseignants spécialisés (IME, ITEP, hôpitaux de jour ; écoles ULIS, pour les enfants qui sont dans le champ du handicap léger – primaire, collège, lycée), avec des AVS-AESH (pour en savoir plus sur le travail des AVS-AESH, écoutez notre troisième épisode où Pascale nous raconte son expérience)

L’Education Nationale propose aussi le soutien des CARDIE (Cellule académique de recherche et développement pour l’innovation et l’expérimentation) : présents dans chaque rectorat, ces cellules proposent des formations pour tous les enseignants (pas seulement les spécialisés) et accompagnent toutes les classes qui ont des projets d’innovation, de la maternelle au lycée. Les ASH peuvent puiser des idées dans les idées soumises par le CARDIE.

Quand et comment fait-on appel au PEASH ?

Sara intervient quand il y a des troubles du comportement qui vont complètement perturber la scolarisation de cet enfant: quand il ne rentre plus dans les apprentissages, quand il y a de la violence envers lui-même et envers les autres.

Au Pôle Ressource, il existe une fiche de demande d’aide auprès du RASED (Réseau d’aide spécialisé aux élèves en difficulté), sur laquelle on peut cocher la case « PEASH » en dernier recours (quand la psychologue scolaire est venue, quand la situation ne concerne plus les enseignants du RASED car la situation est devenue trop compliquée). La feuille remonte auprès de l’inspecteur de la circonscription, qui transmet ensuite l’information auprès de l’inspecteur de l’ASH pour le département. 

En quoi consiste le travail de Sara ? 

Sara est appelée pour résoudre une situation compliquée : violences verbales, physiques, enfants qui essaient de s’enfuir de la classe ou de l’école… l’équipe éducative a déjà essayé de mettre des choses en place, sans succès. Les parents ont été mis au courant. L’enfant est en souffrance, le reste de la classe est en souffrance, l’équipe éducative aussi. Il ne s’agit pas de changer l’enfant, mais bien d’adapter l’environnement et l’accueil pour qu’il aille bien et que tout le monde aille mieux.

Sara rencontre les enseignants, les AVS-AESH, discute avec eux pour comprendre. Puis elle se rend en classe pendant plusieurs heures pour observer ce qui ne va pas, et ce plusieurs fois. Les enseignants n’ont pas le temps de s’asseoir plusieurs heures d’affilée pour observer l’enfant qui dysfonctionne, quels seraient ses besoins, comment il apprend. Sara a ce temps, et ce regard. Elle essaie d’analyser ce qu’on pourrait mettre en place, ajouter, enlever pour que cet enfant se sente mieux.

Le PEASH explore plusieurs angles de travail : 

  • L’environnement : le positionnement dans la classe, du bureau, de l’enfant au bureau, de l’AVS, de la feuille… on peut envisager de laisser de l’espace, s’asseoir derrière, placer le bureau ailleurs, proposer un endroit pour se cacher (créer une bulle-cabane, sous une table avec une couverture par exemple).
  • L’aménagement du temps qui doit être visible, tangible. On met par exemple en place un emploi du temps pour l’élève, comprenant des temps d’apprentissage mais aussi des temps de pause (pour jouer, courir dans le couloir, lire, ne rien faire). Souvent ce sont des enfants qui ne peuvent pas enchaîner des situations d’apprentissage sur une trop longue période consécutive.
  • La communication avec l’enfant. Quel positionnement physique, quelle attitude adopter ? Ces réflexions sont menées avec l’enseignant de la classe et les autres adultes de l’école (qui peuvent suivre l’enfant durant les temps de récréation, de décloisonnement, de cantine…). On propose des outils aux enfants qui n’arrivent pas à s’exprimer par la parole : code avec l’enseignant, roue des émotions…
  • Les aménagements pédagogiques : souvent les enseignants ont déjà mis en place plein de choses. 

Au début du cheminement, Sara se rend souvent en classe (au début, une à deux demi-journée par semaine). Puis elle laisse du temps pour que les choses se fassent : adaptation de l’enseignant, de l’enfant (qui doit faire face à quelques changements), avant de revenir. Elle reste toujours disponible en cas de nouvelle crise, si des questions se posent.

Le PEASH et l’enseignant de la classe

A l’issue de son temps d’observation, Sara discute de ses observations avec l’enseignant. Elle lui sert d’yeux ( !)  puisqu’elle a eu le temps d’observer, et de caisse de résonnance pour ses propres idées. Elle offre un regard objectif, moins chargé d’émotion. Son expérience de 18 ans en classe ordinaire lui permet de proposer des solutions réalistes, que l’on peut mettre en place facilement et rapidement. Elle ne propose jamais de solution toute faite, mais travaille en collaboration étroite avec l’enseignant pour faire émerger les solutions qui conviennent à tous, et lui redonne confiance.

Sara peash

Les enseignants souvent se sentent coupables de ne pas réussir à gérer cet enfant, à l’aider à apprendre, à le faire aller mieux. Il est aussi difficile de mettre en place des choses dans la crainte que les aménagements ne soient pas réglementaires, que la hiérarchie en tienne rigueur… mais les enfants particuliers appellent des solutions particulières, et Sara rassure aussi les enseignants en soulignant leurs réussites et tout ce qu’ils ont réussi à mettre en place. 

Les parents

Il arrive que Sara rencontre les parents de cet enfant. Cela se fait parfois avec l’enseignant, pour informer de tout ce qui a été mis en place pour l’enfant, pour aider les parents à prendre conscience de ce qui se passe, et leur suggérer d’autres accompagnements pour l’enfant à l’extérieur de la classe. Parfois, quand la communication est difficile entre l’enseignant et les parents, elle rencontre les parents seule et tente de faire la médiation avec l’équipe. 

La classe

Ces situations sont aussi difficiles à vivre pour les camarades de l’enfant en difficulté. Sara propose de travailler avec tous les enfants autour d’albums qui abordent les émotions, pour les aider à exprimer ce qu’ils ressentent. Le résultat est parfois très étonnant ! 

Quelques exemples

Arthur avait vécu des années maternelle compliquées : l’accompagnement a été mis en place dès le début du CP. Il ne pouvait pas rester plus de cinq minutes à l’intérieur de la classe. Il s’enfuyait de la classe, de l’école, tapait dans les murs ; refusait d’écrire, ne regardait pas le tableau. L’enseignante et Sara lui ont mis en place un coin dans le fond de la classe, quelques jeux disponibles dans une salle commune. Arthur a la possibilité de sortir avec l’AVS au milieu du cours, et par conséquent bénéficie d’un emploi du temps complètement adapté. Au bout de quelques mois d’accompagnement et d’adaptation, Arthur est maintenant capable de rester assis en classe pendant une heure et demie, de faire toutes les activités, et d’écrire. Il a aussi reconstruit un peu de son estime de lui ! Des soins ont été mis en place à l’extérieur de la classe pour l’aider. Ses parents ont adapté leur emploi du temps pour qu’il n’aille pas à la cantine le midi, ce qui lui demandait beaucoup d’énergie. Arthur a aujourd’hui une scolarité certes adaptée, mais une scolarité.

Que faire pratiquement en cas de crise ? Parler le moins possible, toucher le moins possible cet enfant. Il est débordé et a besoin d’espace pour se ressourcer. Il est nécessaire pour cet enfant de se retrouver dans un environnement calme, et l’idéal serait de pouvoir sortir de la classe, mais cela est possible seulement s’il y a un autre adulte dans la classe pour rester avec le reste du groupe (AVS). C’est très compliqué de s’organiser quand on est seul face à des crises multiples. C’est une question à se poser, au moment où il y a de moins en moins d’adultes gérant de plus en plus d’enfants dont un nombre croissant souffre de handicap avec inclusion. 

Les limites rencontrées par Sara dans son travail

Les différents espace-temps : le temps de l’institution, qui voudrait qu’à la fin de l’année tous les enfants aient acquis le programme; le temps de l’enseignant, qui souhaiterait que la situation difficile dans sa classe soit résolue rapidement; le temps des parents, qui doivent accepter la différence de leur enfant et faire le deuil de l’enfant «idéal »; le temps du soin (ponctuel ou long terme). Tout cela s’oppose au temps de l’enfant, qui justement a besoin de temps ; et quand tous ces temps s’entrechoquent, c’est source de grande incompréhension.

Les relations entre adultes : le système de soutien entre adultes est très important (entre enseignants, AVS…) car l’enseignant peut vite connaître un grand sentiment d’impuissance. Que faire quand un enfant est en crise ? On ne sait pas… Il existe malheureusement très peu de formations sur le sujet de la différence, des troubles du comportement. 

La fin de l’accompagnement : sur une année, elle se décide avec les enseignants, quand la situation s’est améliorée. Mais il faut réfléchir à l’accompagnement dans la classe d’après, dans l’école d’après, dans le cycle d’après ; prévenir et soutenir l’enseignant qui va accueillir l’enfant : espace, temps, personne… 

Résistances : manque de formation, méconnaissance, peur, rigidités professionnelles, impossibilité personnelle de mettre en place certains accompagnements. L’accompagnement sert aussi à assouplir certaines postures ! 

Ressources

Troubles du comportement en milieu scolaire, de Bruno Egron et Stéphane Sarazin, Editions Retz – moyens d’observer, et réponses pratiques sur ce qu’on peut mettre en place 

Toute la collection « Comprendre et aider » de Retz

Site Internet Archiclasse (aménagement de la classe, vidéos, interviews, photos)

Les albums pour parler des émotions en classe:

Sara, mère de deux enfants, est enseignante depuis 2002.  Elle a enseigné en REP et en école classique, de la maternelle au CM2. Elle a aussi enseigné en ULIS dans une classe réservée aux enfants présentant des troubles autistiques, en collaboration étroite avec une enseignante spécialisée et deux AVS. En parallèle, elle a suivi plusieurs formations sur les troubles dys, l’autisme, les troubles du comportement, a beaucoup lu, et a profité de l’expérience de nombreux collègues (membres du RASED, directrice d’école). Sara est surtout un vrai rayon de soleil qui respecte profondément tous les enfants et leur potentiel inné !


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